Répondez-moi, SVP !

Répondez-moi, répondez-moi s’il vous plaît, car j’ai mal


J’ai mal face à cette américanisation de la société française. Je me refuse d’ingurgiter ces ressentis de manière uniforme comme l’entend la pression ambiante.

Certes, je m’inscris Totalement dans la lutte des inégalités structurelles existantes où bien souvent les populations dites racisées se retrouvent souvent en première ligne.

Combien de fois mes cousins ou amis américains et moi avons refait le monde sur ces questions. Eux qui ne comprennent pas le mimétisme affiché des Africains d’Europe ayant l’immense chance de connaître leurs origines. Eux qui descendant du commerce des esclaves, de la traite des Êtres humains depuis des centaines d’années. Ils se demandent si les cris de révoltes de «l’action affirmative » au cœur des controverses concernant les problèmes raciaux aux États-Unis, ont écho similaire de ce côté de l’Atlantique.

Il est vrai, la France a amorcé avec Nicolas Sarkozy la lutte des classes, institutionnalisée par des programmes de discrimination positive, au final jugés condescendants à l’égard des bénéficiaires. Les traitements préférentiels sont censés avoir marqué du même sceau de l’incompétence ceux-là même qui optent pour la méritocratie.

C’était clairement à l’image des States comme on dit! Seulement, au pays de l’oncle Sam, la société a — était-ce voulu ? — dressé une partie de les citoyens contre les autres et placé en situation de concurrence des groupes ethniques, raciaux voire sexuels.

Une politique instaurée par les États, toujours en cours, plus particulièrement du Sud, essentiellement pour la symptomatique de ce que l’on appelle « la fragilité blanche » (« white fragility »). Ce concept a été créé en 2011 par l’universitaire américaine Robin DiAngelo.

Autrement dit, le rejet absolu de voir celui qui a toujours été, des générations durant votre esclave, s’asseoir sur la même chaise que vous et même plus haut sur l’estrade. Fait qui risquerait, selon les plaignants, de fragiliser leurs positions, si ce n’est inverser carrément les rôles. Fort de cette croyance, des lobbyistes de tous bords s’activent aux États-Unis avec tous les excès que nous constatons et malheureusement les drames comme la tragique fin en mondovision de George Floyd.

Est-ce vraiment la même réalité en France ?

Je l’avoue, en toute objectivité, il m’a été difficile d’y apporter réponse impartiale. En Amérique, les Afro-américains avec en moyenne 400 ans d’implantation -certes forcé- sur le territoire indien, ne sont pas plus immigrés que la famille de l’actuel locataire de la Maison Blanche. Deux visions complètement différentes de la société s’affrontent en France où la quête d’égalité trouve racine aux problèmes d’intégration.

Comme le remède qui accentue le mal, que de comportements sociaux autodestructeurs qui aggravent encore plus ce que nous qualifions de difficultés.

N’est-ce pas ici significatif de l’impossibilité de penser le racisme comme un tout, un système ?

Mon maître d’armes (art martiaux) m’a toujours dit que les coups pris, du fait même de ma nature Afro descendante donc fruit du destin, se devaient d’être encaissés comme résultants d’une bêtise humaine. La pire des réponses serait d’adopter une position victimaire avec son lot de postures ou de clivages allant du dérisoire jusqu’au radicalisme exacerbé.

Ma vie n’est nullement aisée, bien que je laisse croire sciemment le contraire, par rapport aux facilités dont je peux me prévaloir jouissances éphémères. La naissance ne vous lie en rien au territoire et dès lors, les couleurs de la vie sont teintées de votre éducation.

Je suis Lion de par ma naissance, l’emblème même du Cameroun mon pays d’origine dont la fierté anime et rythme la cadence de mes battements de cœur. Et Coq par la France. Ce pays de plus en plus décrié en Afrique et dont je revendique appartenance à la Nation, n’en déplaise à Lepen. Père, fille et petite-fille. Pour schématiser : dans l’excellence ou la médiocrité, la France m’a tout donné.

Si le Cameroun berce mon cœur, le souffle de mon âme prend son essence en Hexagone et la rencontre des deux constitue les gènes de mon existence. La nation envers laquelle je paye mes impôts… peut-être parce qu’elle me permet aussi de subvenir à ma vie ! Je m’en suis à tour de rôle défendu, vanté, montré neutre. Au final j’ai souvent laissé le choix à l’interlocuteur, peut-être par dépit.

Comme le disait Jamel Debbouze, choisir entre la France et son pays d’origine c’est comme choisir entre son père et sa mère c’est impossible. Deux Êtres qui vous construisent. Deux cultures, deux modes de pensées. Un ensemble qui fait que l’on concevra toujours et naturellement la différence comme une richesse intellectuelle en complémentarité des acquis. La personne biculturelle est une savante combinaison de deux univers, elle en devient, de ce fait, inclassable. Et je l’assume.

Pour moi, la fusion identitaire entre le lion et le coq a généré un Oiseau de feu, le Phénix, animal noble et sacré, dont la perfection est telle, qu’il n’en existe qu’un seul. Il n’a aucun congénère, ni descendant. Il est très indépendant et ne se laissera jamais apprivoiser. Son principal pouvoir consiste à renaître de ses cendres. Quels que soient les feux de la division dite raciale qui se montrent de plus en plus incandescents en périodes troubles.

Bon sang de sang. C’est une chance que d’avoir deux terrains à idées et de pouvoir y puiser ce qui nous semble bon.

Coûte que coûte, vouloir définir des individus ou des groupes d’individus à partir d’attributs visibles, culturels, religieux – réels ou supposés, Africains, Caucasiens, Musulmans, Juifs, Catholiques, Amérindiens, Asiatiques… Merde à la fin !

Le COVID-19 n’aura -déjà- volé autant de vies pour rien ?! Quelle distinction fait-il avec sa faucheuse, lui qui pour mieux nous combattre et avec une efficacité sans faille, Conjugue à merveille cette célèbre citation de Jean Jaurès: « C’est qu’au fond, il n’y a qu’une seule race : l’humanité. »

Je hais le racisme quel qu’il soit et d’où il vienne.

« On est toujours l’étranger de quelqu’un. Apprendre à vivre ensemble, c’est cela lutter contre le racisme. » extrait de l’ouvrage « Le racisme expliqué à ma fille », Tahar Ben Jelloun.

Répondez-moi, car j’ai mal. Ma vie est faite de Cameroun et de France, une large partie de ma famille aussi. En ce jour spécial pour les papas, la fête des pères fleurît en plusieurs couleurs humaines. Alors comment les haïr sans détester ce que je suis ? C’est contre nature !

Bonne fête des pères !

olivier enogo
Author: olivier enogo

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